Voilà déjà plus de 10 ans que Brain Damage affirme son identité à travers ses choix, parfois drastiques, de concepts, de collaborations, de mixes ou de graphisme. L’idée étant de constamment se remettre en question pour mieux assurer la mutation de son propre style, devenu indéfinissable. Une seule chose est établie : Brain Damage fait du Brain Damage. Il est évident que cet enchaînement de prises de risques est ce qui a maintenu le duo basse/machines en vie depuis toutes ces années, suscitant l’intérêt grandissant de son public, pourtant parfois médusé par certaines orientations soudaines et inattendues. Désormais identifié et respecté par la scène électro/dub mondiale, Brain Damage s’exporte de plus en plus et s’est déjà produit dans plus de 20 pays étrangers. Après plus de 500 concerts, il est toujours intéressant de noter que tout paraît opposer le côté « cérébral » des expérimentations studio à la scène, où les sensations redeviennent physiques, les infra-basses presques palpables, et le combat contre la rigueur des machines, sans merci… Récemment, l’énergie déployée sur scène a d’ailleurs été captée, à la demande du label Jarring Effects (High Tone, Ezekiel…) avec qui le duo travaille depuis 5 ans déjà, aboutissant à la sortie d’un album live. Le mois de mars 2010 verra la sortie du 5ème album : « Burning Before Sunset », toujours en collaboration avec Jarring Effects. Quels en seront la couleur, le contenu, le concept ? Comme à chaque sortie, le suspens reste entier : une seule certitude, tout se fera au mépris de la mode et des tendances actuelles…
Après les sorties successives de deux albums-concept, “Spoken Dub Manifesto” et son pléthore d’invités prestigieux en 2OO6 et le fabuleux patchwork sonore que fut « Short cuts » en 2008, Brain Damage revient en ce début d’année avec « Burning Before Sunset », son cinquième opus. Ce dernier marque le grand retour des stéphanois vers un dub ambient, chargé d’émotions sombres et mélancoliques. Une science du son proche de l’alchimie. Pour autant, cet album - loin du dub anglo jamaïcain époque « Ashes to Ashes Dub to Dub » - prend une fois de plus à contre pied tout ce que Brain Damage a pu proposer par le passé. Si l’ensemble des titres peuvent paraître aux yeux du néophyte construit sur des schémas proches, des assemblages quasi robotiques, force est de constater que le pari de Martin et Raphaël est une fois de plus relevé et que les fans retrouveront forcément quelques réminiscences de la première époque.
Le son, principalement basé sur une nonchalante rythmique dub que l’on reconnaît dès le premier kick, devient matière première d’un ensemble brut et indivisible, emprunt d’une énergie sourde et lancinante. La juxtaposition des nappes, tour à tour extatiques ou guerrières, confère à l’album une ambiance de plomb, qui ne desserrera guère son étreinte jusqu’à la dernière seconde. Preuve en est, l’indissoluble “Ignore”, où synthés, bruits d’eau et autres grincements se mêlent puis se confondent pour former une boucle hypnotique, croissante et indéfectible, ou “Only lost in the sound” véritable descente dans des abîmes blafardes et mystiques. Pour autant chaque titre révèle un pouvoir émotionnel inaltérable (le merveilleux “Plain White Butterfly”), racontant des histoires singulières qui finissent par se rejoindre en cet endroit béni vers lequel seule la musique est capable de conduire : les tripes et le coeur. Côté invités, le poète Black Siffichi s’impose comme orateur particulier et immuable, formant à juste titre l’ultime protagoniste du groupe. Fidèle à son art inégalé de déclamer ses textes de sa voix charismatique, cette dernière colle parfaitement à l’univers émotionnel de “Burning Before Sunset”, livrant ça et là quelques bribes de textes énigmatiques d’une beauté rarement atteinte. Si bien que ce cinquième album constitue sans nul doute une pièce fondamentale dans la discographie de Brain Damage, démontrant une fois encore la volonté farouche du duo de ne jamais se répéter.
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